lundi 21 janvier 2008
Le Directeur du FMI à l'Elysée
Dominique Strauss-Kahn, le FMI sur le perron de Sarkozy
envoyé par azg848
lundi 31 décembre 2007
Strauss-Kahn heureux au FMI
PORTRAIT D'UN HOMME HEUREUX
envoyé par theophil261
vendredi 21 décembre 2007
Strauss-Kahn chez JM Apathie
Dominique Strauss-Kahn chez Apathie RTL
envoyé par azg848
samedi 27 octobre 2007
"DSK en homme d’Etat", par Anne-Marie Rocco (Challenges)
"LA manœuvre était de créer une industrie européenne, mais aussi de préserver les intérêts français", a résumé Dominique Strauss-Kahn en retraçant l’histoire de la création d’EADS, devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale, ce vendredi 26 octobre. Dans une atmosphère moins électrique que la veille – Arnaud Lagardère, venu témoigner au Palais Bourbon, était attendu par une armée de photographes et de caméramen, et la salle était pleine à craquer – l’ancien ministre des finances a livré à des députés médusés sa vision du rôle de l’Etat dans le groupe d’aéronautique et de défense. Une vision offensive, à contre-courant des témoignages apportés par les intervenants précédents, notamment Thierry Breton, ministre de l’économie au moment où a éclaté "l’affaire EADS".
Pour "DSK", futur directeur du Fonds monétaire international, les accords conclu en 1999 et 2000 par l’Etat français, l’allemand Daimler et Jean-Luc Lagardère - à qui il a "tenu à rendre hommage" car "il avait le sens de la France beaucoup plus que d’autres" - était le fruit d’un compromis équilibré. Initialement, a-t-il rappelé, la partie allemande refusait purement et simplement toute présence de l’Etat français au capital d’EADS. Il a donc fallu négocier. "Nous avons accepté que l’Etat ne soit pas représenté en tant que tel", a reconnu Dominique Strauss-Kahn. Mais un stratagème avait été mis au point pour contourner l’obstacle : les deux actionnaires français, l’Etat et le groupe Lagardère, avaient réuni leurs parts d’EADS au sein d’une holding, la Sogeade, dans laquelle "toute les décisions stratégiques étaient prises à 6 voix sur 8, ce qui donnait un veto de fait à l’Etat français".
Sur deux points très débattus, l’ancien ministre de Lionel Jospin a apporté des informations décisives. Concernant les nominations, sujet controversé en raison d’une "guerre des chefs" qui a opposé, pendant des mois, Noël Forgeard et Philippe Camus, Dominique Strauss-Kahn a affirmé que l’Etat avait obtenu une concession importante. "Dans la première version du pacte, les nominations devaient se faire sur proposition du groupe Lagardère. Dans la deuxième version, c’était ‘en tenant compte’ des propositions de Lagardère". Autre révélation : s’il l’avait voulu, l’Etat aurait parfaitement pu racheter une partie des actions mises en vente par Lagardère et Daimler en avril 2006, "à condition de les céder ultérieurement pour revenir à 15%". L’Etat était donc bien en mesure de participer à la redistribution du capital d’EADS. Aux yeux de DSK, le pacte d’actionnaires d’EADS est un accord "où l’Etat occupe une situation dominante, en ce sens qu’il est le seul à avoir une vision de long terme".
"Quel contraste avec les précédentes auditions des représentants de l’Etat", qui ont surtout manifesté "leur impuissance" ainsi que "leur ignorance généralisée de ce qui se passait dans l’entreprise", n’a pu s’empêcher de s’exclamer Gilles Carrez, député UMP du Val-de-Marne, après avoir écouté l’ancien ministre de l’économie et des finances. A quoi Dominique Strauss-Kahn a répondu, avec une méchanceté assumée à l’égard de ses successeurs : "Il faut de bons montages, mais après, il faut s’en occuper".
par Anne-Marie Rocco, grand reporter à Challenges, vendredi 26 octobre 2007
http://www.challenges.fr
lundi 2 juillet 2007
Strauss-Kahn chez Elkabach sur Europe 1
DSK point de vue 2 juillet
envoyé par Rive-gauche
jeudi 14 juin 2007
La nouvelle bataille des valeurs par Dominique Strauss-Kahn
Pour conclure cette série de réflexions dans « le Nouvel Observateur », je voudrais dire quelques mots des valeurs qui peuvent guider la gauche aujourd'hui. Nous critiquons le monde tel qu'il est et nous voulons le transformer, mais nous ne pourrons le faire qu'en sachant ce que nous voudrions qu'il soit. Le socialisme du réel ne peut se passer de l'idéal d'une société juste. Les Français exigent des partis des réponses concrètes aux problèmes de leur vie quotidienne, mais ils cherchent également dans le discours politique une représentation de ce qu'ils font et peuvent faire ensemble. De ce point de vue, nous n'avons pas perdu en ce début d'année 2007 la seule bataille des projets économiques et sociaux. En laissant Nicolas Sarkozy imposer sa vision de la nation, de l'ordre, du travail, du mérite, nous avons aussi perdu la bataille des valeurs, faute de l'avoir livrée avec nos armes. Il y a, bien sûr, au coeur de la gauche, une aspiration qui traverse les époques : une soif de justice et de liberté, une révolte contre la fatalité, les privilèges et la domination, un humanisme fondamental qui conduit à reconnaître en chaque homme un alter ego. Née des Lumières, elle a été portée par la Révolution française puis par le mouvement socialiste dont nous sommes les héritiers. Elle nous survivra. Mais cette aspiration ne suffit pas à nous définir. Les valeurs elles-mêmes ne sont pas épargnées par le mouvement du réel et de l'Histoire. La gauche est une conscience collective qui cherche sa voie à travers des expériences successives. Nous avançons, nous tâtonnons, nous inventons des modèles ; et à chaque époque nouvelle, nous devons tirer de ce que nous avons appris de nos succès, de nos erreurs et de nos oublis aussi les leçons qui nous permettront de reformuler notre vision du monde.
La liberté ordonnée
Les
années 1960 et 1970 nous ont légué une cohérence marxiste et libertaire
: alors que les libertés économiques étaient suspectes, les libertés
individuelles se trouvèrent sacralisées. Cet héritage demeure notre
socle. Face à l'insécurité économique, aux dégâts écologiques, aux
inégalités sociales qu'il engendre, nous persistons à vouloir réguler
le capitalisme. Contrairement aux libéraux, qui veulent « libérer » le
marché de toutes ses entraves, nous continuons de penser, en
sociaux-démocrates, qu'il faut organiser la tension entre le capital et
le travail. Aussi nous efforçons-nous d'encadrer le fonctionnement du
marché. Mais, parallèlement, nous avons progressivement reconnu que la
liberté d'entreprendre était source d'efficacité économique et
créatrice de richesse. De notre capacité à convaincre de la cohérence
de ces deux affirmations - la nécessaire régulation du capitalisme et
la nécessaire promotion des entrepreneurs - dépend, pour une bonne
part, l'avenir de la gauche. Il nous faut de même concilier la loi et
l'ordre. Frappée d'hémiplégie, la gauche a longtemps négligé la
répression, confiant à la seule prévention le soin de garantir la
sécurité. Une pathologie symétrique conduit aujourd'hui la droite à
tout miser sur la répression. Sanctionner sans faiblesse les atteintes
à la loi après avoir mis en oeuvre les moyens permettant d'éviter la
multiplication des infractions : telle est la voie que doit emprunter
un socialisme du réel. Le moment est venu d'entériner cette évolution
idéologique. Pour traduire ce double rééquilibrage - de la liberté et
de la responsabilité, des droits et des devoirs -, j'aime à parler de
liberté ordonnée. Les batailles sémantiques et symboliques sont des
batailles politiques ; à l'heure où la droite engage une offensive
caricaturale contre l'esprit de Mai-68, je crois important de montrer
que la gauche est capable de faire bouger les lignes sans pour autant
céder en rien, ni dans les mots ni dans les propositions, à l'idéologie
de ses adversaires.
L'égalité réelle
Poser
en principe que les seules inégalités sociales et économiques
acceptables sont celles qui bénéficient aux membres les plus
défavorisés de la société, c'est donner un contenu concret à l'égalité.
Il ne s'agit pas d'éliminer les différences « naturelles », même si
l'on sait à quel point elles sont socialement et familialement
conditionnées. L'égalitarisme niveleur, qui est par exemple à l'origine
d'utopies scolaires comme celle du « collège unique », refuse aux plus
mal lotis ( promus de classe en classe à l'ancienneté ) l'opportunité
de progresser selon des rythmes et des méthodes adaptés à leurs
capacités réelles. Parce qu'il bride les talents des plus doués, cet
égalitarisme est responsable d'une seconde injustice à l'endroit des
moins favorisés : les chances qu'ont ces derniers de bénéficier un jour
du fruit des efforts des premiers en sont diminuées. La justice ne
consiste pas à nier ou à entraver les talents au prétexte de leur
répartition arbitraire, mais à les faire contribuer à l'amélioration
des perspectives des membres les moins bien dotés de la société. La
conception sociale-démocrate de la République, ce n'est donc pas
l'égalitarisme niveleur. Mais ce n'est pas davantage l'ouverture d'une
course inégale à la domination telle que la prône Nicolas Sarkozy,
lequel semble faire sienne la formule de Hayek : « A ceux qui ont, l'on
donnera. » Ma conception, c'est celle de la mutualisation des talents :
nous devons les regarder comme des atouts collectifs et nous considérer
mutuellement comme les bénéficiaires des avantages résultant de leur
épanouissement. Il n'y a rien de choquant à prétendre que l'activité
collective de la société est mieux à même que l'égoïsme individuel de
soutenir nos efforts, de susciter notre contribution, et de rendre
réalisable ce dont nous sommes capables.
La fraternité laïque
A
la fragmentation du salariat qui érode le sentiment de classe, à la
mondialisation qui désarticule les Etats-nations s'ajoute depuis
quelques décennies la montée d'une forme d'individualisme invitant
chacun à cultiver son autonomie et à affirmer sa différence. Mais les
solitudes et les angoisses qui accompagnent cette nouvelle donne font
aussi resurgir les besoins d'appartenance et les revendications
identitaires. De nouveaux réseaux de communication et de sociabilité se
développent, de nouvelles références territoriales ou religieuses
apparaissent, mettant sous tension la conception républicaine de la
nation. L'égalité réelle suppose le souci du bien commun. Mais elle ne
requiert pas l'uniformité des croyances, des moeurs et des cultures.
Respecter l'égalité des droits des citoyens impose de ne pas leur
prescrire une manière de vivre déterminée ou une conception
particulière du bonheur privé - fût-ce celle de la majorité d'entre
eux.
C'est
ainsi que la pluralité des orientations sexuelles appelle de la part de
la démocratie autant de respect que la diversité culturelle : elle est
une richesse que doivent accueillir favorablement les sociétés libres,
un des innombrables moyens par lesquels ces dernières échappent à
l'uniformité. Il y a toutefois un point sur lequel nous ne devons pas,
à mon sens, transiger : notre refus d'une communautarisation insidieuse
de la société et de l'espace public qui, en enfermant les individus
dans des identités figées et en imposant une représentation ethnicisée
de la société, perpétuerait durablement les inégalités. Loin de tout
archaïsme, notre attachement viscéral à la laïcité reste, de ce point
de vue, un combat pour l'émancipation et l'égalité.
Là
aussi, la doctrine de la gauche doit faire la part entre la fidélité à
son héritage idéologique et la prise en compte des nouvelles réalités
sociologiques. L'hospitalité que la démocratie accorde aux différences
n'est pas faite d'indifférence aux individus et aux valeurs : elle
résulte de la séparation à laquelle procède la démocratie entre le
public et le privé d'une part, le politique et le religieux d'autre
part. La démocratie ne peut donc admettre qu'au nom de leur singularité
personnelle ou de leur particularisme culturel des individus ou des
groupes remettent en question la laïcité, condition même de la
tolérance dont ils bénéficient.
Le progrès maîtrisé
Comment
achever l'esquisse d'une refondation de la gauche sans revenir sur la
notion de progrès ? Cette dernière n'est plus à la mode. Le repli sur
elle-même d'une société inquiète laisse douter du progrès social ; les
bouleversements environnementaux font voler en éclats l'illusion de
l'asservissement sans limites de la nature ; l'émergence de nouvelles
interrogations morales, liées par exemple à l'utilisation des cellules
souches ou des OGM, effraie autant qu'elle fascine. La défiance
qu'inspire l'idée de progrès se nourrit de l'opacité qui entoure les
expérimentations scientifiques comme les grands choix technologiques,
notamment en matière énergétique. Aussi est-il sans doute nécessaire de
placer ceux-ci sous un rigoureux contrôle démocratique. Mais refuser
toute dérive scientiste ne nous dispense pas de renouer avec le règne
de la raison, qui est, depuis deux siècles, la marque des
progressistes. Rejeter frénétiquement l'expérimentation scientifique,
s'abriter couardement derrière la recherche du « risque zéro », voilà
qui pave la voie d'un retour de l'obscurantisme que la vénération de la
nature tente d'habiller idéologiquement. C'est, ici encore, l'identité
même de la gauche qui est en jeu. Réel et donc rationnel : tel est le
socialisme que je veux aider à refonder.
DSK sur LCI Barbier
Dominique Strauss-Kahn est l'invité de Barbier
envoyé par fizzy31
mercredi 13 juin 2007
DSK au 19/20 France 3
DSK contre la TVA "Fillon"
envoyé par aklineuropa
jeudi 7 juin 2007
Pour une nouvelle cohérence économique et sociale, par Dominique Strauss-Kahn
Deux constats s’imposent à nous. Notre compétitivité s’érode : la France est en train de perdre la bataille économique. Notre modèle social a un coût très élevé alors même que son efficacité dans la lutte contre les inégalités paraît faiblir.
De ces deux constats indiscutables, Nicolas Sarkozy a tiré une stratégie et une diatribe : la France doit retrouver sa compétitivité en liquidant son modèle social. Il semble penser de surcroît que cette liquidation ne suscitera guère de protestations, puisque ce modèle procure moins de bénéfices que par le passé et qu’il n’est plus créateur d’espoir.
Largement enfermée dans le schéma de la relance par la demande, la gauche a refusé de prendre toute la mesure de la perte de compétitivité de l’économie française et a continué de faire comme si l’on pouvait redistribuer sans trop se préoccuper de produire. Dans le même temps, elle n’a pas suffisamment pris en compte la montée en puissance de nouvelles formes d’inégalités et a considéré que les politiques sociales traditionnelles continuaient à fonctionner de façon satisfaisante. Leur évidente incapacité à lutter contre la pauvreté et l’explosion des inégalités a été attribuée non à leur inadéquation grandissante, mais à une force de frappe insuffisante. Il ne s’agissait plus dès lors de les faire évoluer : il suffisait de les renforcer.
Que la thérapie retenue par Nicolas Sarkozy soit inappropriée ne change rien au diagnostic : entre deux constats fondés et partagés par une grande majorité de Français et une analyse doublement décalée, les électeurs ont choisi. Pour rétablir sa crédibilité, la gauche doit retrouver une cohérence économique et sociale qui permette de fonder une critique radicale du libéralisme sans se limiter à un pamphlet contre le capitalisme.
La compétitivité et l’égalité réelle
Si l’on veut
remédier à la perte de compétitivité de notre économie, il faut en
identifier les causes. Sur un marché devenu mondial, arrivent une
quantité importante de travail et une moindre quantité de capital.
Devenu relativement abondant, le travail voit son prix baisser ;
demeurant relativement rare, le capital bénéficie d’une rémunération
croissante. Pour autant, la stratégie conduisant la France à renouer
avec une compétitivité forte ne passe pas par l’abaissement du coût du
travail : quelle que soit l’amertume de la potion libérale imposée à
l’économie française, le coût du travail n’y sera jamais assez faible
pour autoriser notre pays à rivaliser en la matière avec les économies
émergentes. Il faut au contraire promouvoir le type de travail qui, à
l’échelle du monde, reste rare et peut donc être cher : le travail
suffisamment qualifié pour nourrir l’innovation.
Quant à notre
modèle social, il souffre aujourd’hui de deux faiblesses qui le rendent
peu apte à contribuer à l’égalité réelle. Les politiques sociales sont
d’abord trop réparatrices et pas assez préventives. Il ne suffit plus
de constater les inégalités créées par le marché et de chercher à les
compenser au moyen d’allocations diverses : il faut les attaquer à la
racine, là où elles se forment, dès l’enfance, au travail, dans le
tissu urbain. On ne peut plus se contenter d’aider les pauvres : il
faut construire une société qui fabrique moins de pauvres. De ce point
de vue, les politiques d’éducation et de santé sont les premières en
cause. D’où la nécessité, sur certaines parties du territoire,
d’allouer massivement du capital public à ceux qui ont peu de capital
personnel. C’est ce qui justifie de limiter à quinze élèves l’effectif
des classes dans certaines banlieues ou certaines zones rurales. C’est
ce qui fonde l’opposition à l’instauration des franchises médicales et
impose, à rebours, l’adoption d’une vigoureuse politique de prévention
en direction des enfants et des familles pauvres.
Nos politiques
sociales sont ensuite trop monétaires : elles reposent excessivement
sur le versement d’allocations et font encore assez largement l’impasse
sur l’accompagnement individuel. Le vieillissement de la population
illustre l’inadéquation de ce modèle : sujet crucial des décennies à
venir, il ne peut trouver de réponse pertinente dans la seule
redistribution monétaire. Le problème des retraites est évidemment
important ; mais l’adaptation du travail à l’âge des seniors,
l’amélioration de la santé au travail ainsi que la prise en compte de
sa pénibilité sont des questions tout aussi décisives.
Nous voyons tous aujourd’hui que les remboursements ne suffisent plus à garantir l’amélioration de l’état de santé des individus, contrairement à la mise en place de parcours de soins. Nous voyons aussi que l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire n’est pas véritablement un gage de la réussite à l’école, contrairement au renforcement de l’encadrement des élèves et du soutien qui peut leur être apporté.
Le social dans l’économie
Ce qu’il nous faut
finalement, ce n’est ni le social au mépris de l’économie, que la
gauche a trop tendance à pratiquer lorsqu’elle croit pouvoir développer
des politiques sociales en négligeant les conditions de leur
financement, ni le social par l’économie, que la droite persiste à
prôner parce qu’elle pense que quand l’économie va, tout va. C’est le
social dans l’économie, c'est-à-dire des politiques sociales dont la
mise en œuvre contribue à la croissance économique.
Quand on
permet aux talents qui naissent dans les banlieues d’aller à
l’université, c’est aussi l’économie dans son ensemble qui en
bénéficie. Quand on améliore la santé au travail, c’est aussi la
productivité qui s’élève. Quand on facilite le retour à l’emploi des
salariés frappés par les délocalisations, c’est aussi le tissu
industriel qui retrouve sa trame.
Si notre avenir repose sur la
valorisation du capital humain de nos concitoyens, c’est parce que la
protection contre les effets indésirables de la mondialisation passe
par une économie plus efficace. Ce qui nous protégera à l'avenir, c'est
la compétitivité, pas le repli. Il nous faut donc un Etat qui fasse de
cette entreprise de valorisation sa tâche principale, non un Etat qui
s’emploie à privilégier la rente en abaissant les droits de succession.
Une politique durable
Chacun comprend
aujourd’hui qu’il n’est de politique efficace que si elle est durable.
« Durable », cela veut dire qu’elle sera mise en œuvre longtemps et
poursuivie avec opiniâtreté, mais aussi qu’elle sera efficace et
financée à long terme - certains diraient « soutenable ». Il faut donc
intégrer à la logique du développement des contraintes – sociales,
environnementales, énergétiques - qui ont jusqu’alors été considérées
comme latérales. Une fois la politique économique définie, on
s’interrogeait sur ses conséquences sociales et environnementales pour
en corriger éventuellement les effets. A l’avenir, il ne pourra plus en
aller de la sorte. Il faut dorénavant que, dès sa conception, la
politique tienne compte des conditions de sa durabilité.
Ceci
vaut naturellement aussi pour les finances publiques. Le retour à un
taux d’endettement supportable est la condition impérative d’une
politique durable. On comprend aisément que ceci ne soit guère
compatible avec une politique à courte vue d’allègements fiscaux.
Disons-le
d’une phrase : aucune politique ne peut porter de fruits si elle n’est
pas suffisamment acceptée par la société pour durer, durer, durer
encore.
Le contrat et l’Europe
Comment le faire ? Question de méthode. Question d’espace aussi.
La méthode, c’est le contrat. Le contrat entre l’Etat et ses différents partenaires, en particulier les collectivités territoriales sur lesquelles reposeront, à l’avenir, une bonne part des politiques publiques. Mais aussi le contrat avec, et entre, les partenaires sociaux. Il faut pour cela des syndicats forts et, surtout, parfaitement légitimes. D’où l’ardente nécessité de mettre en place des mécanismes propres au renforcement de leur représentativité. D’où, aussi, l’importance d’engager de vraies négociations et de se refuser à poser constamment le pistolet de la loi sur la tempe des partenaires sociaux. D’où, enfin, l’urgence de favoriser l’émergence d’un nouvel acteur, le consommateur, qui doit être en mesure de contester la toute-puissance des entreprises.
L’espace, c’est l’Europe. L’Etat-Nation n’est plus le lieu pertinent de la lutte contre les effets indésirables de la mondialisation. De cette affirmation banale, il faut tirer toutes les conséquences : donner à l’Union européenne les moyens de financer des politiques favorables à la croissance et à l’emploi comme de piloter la recherche ; négocier les premiers éléments d’une Europe sociale ; garder l’ambition de fonder une Europe politique. Je ne vois rien de cela ni dans le protectionnisme national qui nous a été promis pendant la campagne présidentielle, ni dans le mini-traité qui nous est annoncé par Nicolas Sarkozy.
Il n’y a pas d’avenir pour la France dans une vision trop étroitement nationale ou trop étroitement économique. Il n’y a pas d’avenir pour la gauche dans une vision trop étroitement sociale ou trop étroitement étatique. Notre avenir ne peut se construire qu’à travers la mise en œuvre, dans l’espace européen, de politiques négociées permettant de répondre à l’exigence sociale et de renforcer la compétitivité. Ceci passe par une réforme radicale de nos politiques publiques qui ne peuvent plus prétendre se limiter à corriger, après coup, les méfaits du capitalisme mondialisé. Il faut accepter de « se salir les mains », d’intervenir sur le fonctionnement même du système productif. Il faut un socialisme du réel.
jeudi 31 mai 2007
Pour une société juste, par Dominique Strauss-Kahn
Nous
venons de subir une troisième défaite consécutive à l’élection
présidentielle. Manifeste au soir du 6 mai, elle était latente depuis
le premier tour, le 22 avril : jamais le score de la gauche n’avait été
aussi bas. La défaite vient de loin. Elle sanctionne un refus, celui de nous réformer. C’est à cela que je veux aujourd’hui m’attacher.
Rendre
un avenir à la gauche : voilà l’enjeu. Il faut le faire en regardant le
monde tel qu’il est, avec les Français tels qu’ils sont.
Le
socialisme du réel doit être celui d’une gauche efficace au temps de la
mondialisation. Trois principes l’animeront : une vraie compréhension
des inégalités et non pas une grille de lecture dépassée, une
efficacité sociale et non pas des slogans inopérants, une stratégie
émancipatrice redonnant de la force à l’idée de progrès.
Osons le dire : notre lecture de la lutte des classes est totalement dépassée.
Il
est devenu commun d’annoncer la "fin d’Epinay", c'est-à-dire
l’épuisement du grand cycle historique de la gauche française, né en
1971 de l’unification des socialistes par François Mitterrand autour
d’un mot d’ordre, la rupture avec la société capitaliste, et d’une
stratégie politique, l’Union de la gauche. Nous devons tourner cette
page pour ouvrir un cycle nouveau.
Nous
devons le faire pour les raisons que chacun perçoit : parce qu’il est
temps que les nouvelles générations de la gauche puissent écrire leur
propre histoire ; parce que cette rhétorique révolutionnaire a depuis
longtemps perdu tout rapport avec notre pratique du pouvoir ; parce que
l’état actuel des forces à gauche pose la question de notre stratégie
et de nos alliances.
Mais nous devons le faire pour une raison plus profonde : le cycle d’Epinay est achevé parce que la vision de la société sur laquelle il reposait est devenue caduque.
"La
lutte des classes", la réduction "en dernière instance" de l’ensemble
des inégalités au clivage capital / travail, l’illusion d’un
prolétariat homogène et uni entraînant dans son sillage l’ensemble du
salariat ne constituent certes plus les principaux leitmotivs du
discours socialiste. Mais faute d’avoir réalisé lors des dix dernières
années notre aggiornamento, notre analyse de la société
continue de s’inspirer d’une vague lecture marxiste, héritée des années
1960, qui analyse les problèmes économiques et sociaux à partir du
vieux triptyque couches populaires / couches moyennes / détenteurs du
capital, sous l’angle exclusif de l’affrontement et de l’équilibre
entre ces classes sociales.
C’est
le décalage croissant entre les mutations, accélérées, de la société
française et nos grilles de lecture, obsolètes, qui compose à mes yeux
la toile de fond de nos revers électoraux. Pour le dire autrement, il
me semble qu’en 2002 comme en 2007, nous avons d’abord buté sur notre
inaptitude à analyser la nouvelle réalité sociologique française.
Cette nouvelle réalité, c’est celle de la fragmentation sociale.
Les
inégalités traditionnelles n’ont pas disparu dans la société française
des années 2000 : la mondialisation exacerbe la subordination du monde
du travail aux détenteurs de capitaux. Les disparités de revenus et de
patrimoine entre les cadres et l’ensemble des salariés d’exécution, qui
agrége les ouvriers à la masse des employés du tertiaire aux salaires
peu élevés, ne se réduisent guère.
Mais
ces inégalités traditionnelles n’expliquent plus la dynamique sociale.
Un puissant processus d’individualisation a fait imploser les anciennes
"classes". Il n’est pas indifférent d’avoir un emploi ou de disposer de
revenus de transfert, de bénéficier d’un CDI ou d’évoluer dans
l’univers des CDD, de travailler dans une grande entreprise ou dans une
PME, dans une zone tirée par la mondialisation ou frappée par la
désindustrialisation, dans le secteur public ou dans le secteur privé.
A cela s’ajoute tout ce qui ne relève pas du statut socio–professionnel
mais joue un rôle décisif dans la distribution des richesses et des
possibilités d’épanouissement personnel : les inégalités entre les
sexes et entre les générations, ainsi que les discriminations raciales.
Tout ceci se résume dans ce qui traduit une large part du malaise
français : les inégalités territoriales.
Il
n’y a pas deux France, "la France d’en haut" et "la France d’en bas",
la France qui va bien et la France qui souffre, mais une France éclatée
en mille univers : celui des jeunes de banlieues et celui des retraités
des zones rurales, celui des nouveaux prolétaires des industries de
l’Est, celui des travailleurs précaires maintenus aux marges de la
société, celui des salariés qui ne jugent pas toujours légitime
l’effort fait en direction de moins bien lotis qu’eux.
Le
temps n’est plus où la gauche pouvait se contenter d’être le
porte-parole du seul prolétariat dans un monde injuste. Aujourd’hui,
elle doit redéfinir ce qui fonde une société juste.
Nicolas
Sarkozy a fait son miel des antagonismes que nourrit l’hétérogénéité
sociale. En choisissant ses boucs émissaires, en épousant la méfiance
spontanée qu’inspirent les "assistés" aux salariés "qui se lèvent tôt",
en opposant la France des campagnes à celle des "racailles", il s’est
donné les moyens de réunir une majorité. Il a joué sur les peurs et les
rancoeurs, mais aussi sur l’espoir d’une énergie nouvelle. Je suis
convaincu qu’il sera impossible pour la gauche de reconquérir le
pouvoir et de l’exercer durablement si elle ne prend pas, elle aussi,
la mesure de cette nouvelle société française. C’est cette mise à jour
qu’il nous faut faire. C’est à ce socialisme du réel que je veux
convier la gauche et les Français.
Pour
retrouver une crédibilité politique, nous devons éviter trois écueils :
ignorer la fragmentation sociale en imaginant qu’on peut encore
construire un "front de classes" à l’ancienne autour de quelques mots
d’ordre anticapitalistes et altermondialistes ; capituler devant la
"société des individus" en courant après tous les mouvements sociaux et
en se laissant disloquer par toutes les revendications ; contourner le
problème en faisant de la démocratie participative ou du nécessaire
dialogue social une fin en soi.
Pour moi, trois pistes mènent à notre rénovation idéologique.
D’abord, la promesse d’un Etat social à nouveau efficace.
Chacun
constate combien il s’est dégradé depuis 2002. Je crains que les dégâts
à venir ne soient comparables à ceux qu’infligea le thatchérisme au
Royaume-Uni des années 1980. Mais je crois aussi que s’enfermer dans la
seule défense des acquis condamne la gauche à n’être qu’un rempart vite
contourné face au réformisme libéral. Pour rester fidèle à ses valeurs,
la gauche doit reconnaître la nécessaire adaptation de notre modèle
social aux défis de la mondialisation, du vieillissement démographique
et de l’individualisation des situations. Rien n’est tabou : sur le
financement des retraites, l’évolution du système de santé, la réforme
du marché du travail, la reconfiguration territoriale des services
publics, les électeurs potentiels de la gauche attendent de notre part
un discours de vérité pour reconstituer notre crédibilité.
La
gauche doit aussi répondre à la demande de protection face à la
mondialisation : je continue de penser que la construction de l’unité
politique de l’Europe est la seule réponse stratégique sérieuse que les
socialistes puissent opposer aux contradictions du discours de Nicolas
Sarkozy, qui a promis tout à la fois le libre marché au CAC 40 et le
protectionisme aux salariés.
Enfin,
cet Etat social renouvelé doit désormais promouvoir cette catégorie
d’entrepreneurs qui inventent notre avenir. Nous devons les considérer
comme d’authentiques acteurs du progrès social et non comme des
"ennemis de classe" à vouer aux gémonies.
La deuxième piste est celle d’un nouveau compromis social.
Nous
devons assumer plus clairement nos priorités politiques et définir le
type de société que nous voulons bâtir : quel partage de la valeur
ajoutée, quel arbitrage entre la progression du pouvoir d’achat des
différentes catégories de salariés et le soutien à la lutte contre
l'exclusion et au noyau dur du chômage ? Est-il concevable que nous
revenions devant les électeurs sans avoir déterminé la répartition de
l’effort fiscal qui nous semble souhaitable ?
La troisième piste enfin touche à l’utopie fédératrice de l’égalité réelle et d’une société juste.
Adopter
le socialisme du réel que je préconise, ce n’est pas se résigner au
pragmatisme et à l’ordre établi : il s’agit de faire face à la réalité
pour pouvoir la changer. Je crois d’ailleurs que la gauche ne peut se
passer, dans notre pays, de cet horizon d’une transformation radicale
de la société qui, depuis la Révolution, donne sens à ses combats.
La
"rupture avec le capitalisme" a cédé la place à un nouvel objectif tout
aussi stimulant : la construction par l’égalité réelle d’une société
juste.
L’égalité
réelle, c’est d’abord l’égalité des droits, la lutte contre les
discriminations sexistes, raciales, générationnelles, territoriales.
Mais c’est aussi la lutte contre la reproduction sociale qui demeure,
malgré la "massification" du système scolaire voulue par la gauche, une
réalité structurante de la société française.
Articulé
autour de propositions audacieuses et d’engagements financiers précis
en matière d’éducation, de santé et de logement, ce mot d’ordre peut,
lui aussi, être fédérateur dans une France qui aspire profondément à
relancer l’ascenseur social. Si la gauche ne se fixe pas cette nouvelle
frontière comme horizon, on pourra légitimement se demander à quoi elle
sert.
Le socialisme est d’abord une protestation contre l’ordre existant. Mais il exprime aussi une volonté d’émancipation concrète. C’est ce que je développerai dans ces colonnes lors des quinze jours à venir.